Les Cévennes Méridionales offrent de nombreuses particularités patrimoniales liées à leur histoire, au milieu naturel et au paysage construit par l’homme ainsi qu’à leurs modes d’habitat. Ces trois dimensions se retrouvent sur le territoire de la commune de Saint-Martial possédant des singularités particulièrement dignes d’intérêt qui concernent autant le bâti que les pratiques, les valeurs communes (l’histoire des gens et des lieux, l’environnement naturel et le paysage bâti) sur lesquels s’est construite l’identité cévenole et saint-martialaise. Elles constituent autant de caractéristiques que l’association « Val de l’Elbès », qui a pour objet la valorisation des patrimoines de la commune de Saint Martial, entend promouvoir en proposant un guide pour découvrir le patrimoine communal.

Situé à 15 km de Ganges, Saint-Martial est un village perché sur une butte, site défensif naturel, entouré par l’Elbès à l’est et le valat de l’Hoste à l’ouest. La commune se trouve sur une zone de contact géologique qui partage son territoire entre les granites du Mont Liron au nord (1133 mètres) et les schistes de la vallée du Rieutord au sud. Le village s’élève à 464 mètres d’altitude avec des hameaux et des mas dispersés alentour. Les mas entourés de terrasses s’accrochant sur les versants escarpés, étonnent par leur intégration dans le paysage et le charme qui s’en dégage.

Plus de dix siècles d’histoire

Saint-Martial porte des traces d’occupation humaine dès le Néolithique, ce dont témoignent les « pierres levées » qui se dressent au sommet des cols, à la croisée des chemins. Mais c’est au Moyen âge que le village prend véritablement naissance avec la construction d’un castrum, place fortifiée composée d’un château, d’une église et d’un bourg qui leur est accolé désigné sous le nom d’ « El castel de San Marsal ».
Dès le Xe siècle, le village et les terres alentour sont la propriété de la maison d’Anduze, famille de seigneurs dont l’un des membres lèguera ses droits à l’évêché de Nîmes. Le village devint alors une résidence estivale pour les évêques de Nîmes et un réel point d’attache pour le haut clergé.
Pendant les « temps forts déplorables » des guerres de religion (XVIe et XVIIe siècle), malgré l’avancée de la religion Réformée en Cévennes, la vallée du Rieutord reste un solide point d’ancrage pour la catholicité. Avec les habitants de deux communes voisines (Notre-Dame de la Rouvière et Saint André de Majencoules), les habitants de Saint-Martial vont constituer une enclave catholique en pays protestant : « Les Terres Blanches ». Fidèles au Roy et à l’église romaine, ils sont réfractaires aux idées de la Révolution. Ils le resteront également sous le Consulat et sous l’Empire.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’économie de ce village cévenol est essentiellement autarcique, basée sur les cultures vivrières, notamment la châtaigne, ainsi que l’élevage ovin.

Du XIXe siècle au début XXe siècle s’étend l’ère du ver à soie : les filatures sont à Sumène, au Mazel, à Valleraugue, mais au village s’en trouve aussi une petite. Les femmes redoublent de vigilance et d’attention pour « couver » au creux de leurs vêtements les œufs de bombyx, et nourrir par la suite les voraces magnants. La majorité des maisons sont rehaussées pour y ajouter un grenier à ver à soie. Cette « éducation » des vers se révèle exigeante et de moins en moins rentable, en raison des maladies les guettant. L’activité s’éteint après 1945. Pourtant, transactions en tous genres, rencontres et commerces furent naguère foisonnants pour approvisionner une population avoisinant les 900 habitants au début du XXe siècle. 

Aujourd’hui, Saint-Martial se tourne vers la culture de l’oignon doux des Cévennes et le tourisme.

Un paysage construit de mains d’hommes

Au début du Moyen Âge, les paysans pratiquent une culture sur brûlis sur de petites surfaces, qui produisaient essentiellement des céréales pour faire du pain. Si l’aménagement du paysage en terrasses commence au XIIe siècle pour la culture des céréales, c’est au début du XIVe siècle que ce mode de culture s’intensifie pour accroître les plantations de châtaigniers et développer la culture de la vigne et de l’olivier dans cette partie méridionale des Cévennes. La croissance démographique au XVIe siècle contribue au développement de ce paysage, aux aménagements hydrauliques et à l’expansion de la châtaigneraie. Au milieu du XVIIIe siècle, les terrasses se multiplient pour recevoir les plantations de mûriers. Ce paysage bâti est le premier marqueur de l’identité du pays cévenol, qui atteignit son apogée entre 1750 et 1850.

Si l’homme a façonné le paysage, l’habitat qu’il a construit s’est adapté à l’environnement. Le relief montagneux de la Commune de Saint-Martial, composé de schiste et de granite, son climat, sa tradition agro-pastorale et sa proximité avec le Bas Languedoc ont influencé l’architecture de son patrimoine bâti.
On trouve dans la commune des mas de type long, étroit et haut, perpendiculaires aux courbes de niveau et, dans certains cas, des bâtiments parallèles aux courbes de niveaux selon l’étendue des replats.
Les matériaux de construction (pierre de schiste ou de granite, bois de châtaigner) sont prélevés dans l’environnement immédiat et peu façonnés.
Le lieu d’implantation du bâtiment est choisi en fonction de ses ressources en eaux, du terrain aménageable en terrasses et de son orientation.
Le sol schisteux et granitique, peu perméable donne naissance à des sources à débit modeste, qui sont captées dans des bassins de stockage, gourgues, pour les besoins domestiques et l’irrigation. Le climat de type méditerranéen provoque des pluies torrentielles au printemps et en automne. En été, les cours d’eau connaissent de sévères étiages et les sources un faible débit, ce qui oblige à une gestion rigoureuse de la ressource. Dans ce relief montagneux, les hommes ont dû construire des ouvrages hydrauliques pour protéger la terre arable de l’érosion, réguler les cours d’eau en périodes de crues et conduire l’eau dans les zones de cultures

Un village à l’architecture subtile
Saint-Martial est perché à 464 mètres d’altitude Sa fondation remonte aux premières années de la féodalité. Attesté en 1156, sous le vocable Castrum Sancti Martialis, il était une place fortifiée. Sa position dominante dans un cirque dégagé lui assurait une protection naturelle.
Le village est bâti sur un socle en schiste. Il se développe en habitat groupé sur une éminence rocheuse, de manière concentrique, en couronnes successives, autour de l’emplacement sommital du castrum. Les rues ont un tracé circulaire, qui suit les courbes de niveau, entrecoupées de voies perpendiculaires : ruelles, escaliers, qui dévalent la pente du promontoire.
Les maisons serrées les unes contre les autres sont conçues pour abriter hommes et bêtes sur plusieurs niveaux. Elles ont été surélevées durant l’essor de la sériciculture, à partir du XVIIIe siècle, pour l’aménagement d’un grenier à vers à soie.

L’église est de style roman, son plan est en croix latine. Elle jouxtait le château du castrum dont elle était probablement à l’origine la chapelle. Elle a été remaniée plusieurs fois au cours des siècles. Sa partie la plus ancienne est la nef du XIe, XIIe siècle. Elle a été fortifiée pendant les guerres de religion, ce qui explique son clocher en forme de « tour de guet ».

De nombreux mas et hameaux sont implantés de longue date sur le territoire de la commune et constituent les témoins d’une vie autrefois en autarcie.
« Mas » est un mot occitan, qui vient du latin mansus (séjourner, demeurer, rester), à l’origine du mot maison. Le mas est implanté au milieu des terrasses, juste au-dessus se trouve la châtaigneraie et en altitude s’étend la lande à pâture. Les zones rocheuses, impropres aux cultures, couvertes de chênes verts sont pâturées. Les sources sont captées dans des réservoirs, gourgues, abrités sous une voûte pour éviter l’évaporation en été. Ces réservoirs sont construits dans les murs des terrasses et servent à l’irrigation des cultures. Le mas est conçu pour une vie en autarcie et doit produire les ressources nécessaires à la vie de ses habitants. Il comprend des bâtiments spécialisés comme la clède pour la dessiccation des châtaignes, la bergerie et sous les combles la magnanerie, auxquels viennent s’ajouter le four à pain et la soue à cochons. Le rucher est placé un peu à l’écart du mas.

A la rencontre d’une nature préservée

Sur les versants composant ces paysages, la végétation caractéristique des Cévennes méridionales est dominée par celle qui porte l’histoire du Pays : le châtaignier, appelé « l’Arbre à pain » parce qu’il a nourri des générations de Cévenols. Il serait présent depuis l’Ère tertiaire au sud du massif central sur les terrains siliceux, granitiques, schisteux. L’intensification de sa culture se développe au Moyen Age à l’initiative des moines bénédictins qui s’installent alors dans la région.
La forte croissance de la population au XVIe siècle entraîne l’essor de cette espèce en Cévennes. Le fruit devient alors la première ressource alimentaire, consommée grillée fraîche, ou bien séchée dans les clèdes. « Les blanchettes » se consomment alors sur une longue période et sont aussi données aux bêtes. Les feuilles nourrissent chèvres et moutons, le bois sert à la construction et à l’artisanat. La ressource persista jusqu’à son déclin au XXe siècle dû aux maladies de l’Encre (dès 1860) puis du Chancre de l’écorce (vers 1956).

La châtaigneraie qui subsiste aujourd’hui se révèle malgré tout un milieu extrêmement riche en espèces animales, leur fournissant à la fois nourriture et abris. L’épais tapis de feuilles amassées en automne donne un humus doux où prolifèrent nombre d’invertébrés y compris les vers de terre, grand festin des blaireaux au printemps et des sangliers en toute saison. La Production de châtaignes, dont actuellement la plus grande partie n’est plus ramassée par l’homme, est une provende pour nombre d’espèces : par exemple, les rongeurs (mulots et campagnols, écureuils) les carnivores (renards, fouines) et ongulés (brebis mais aussi chevreuils et quelques rares cerfs) qui utilisent cette manne salvatrice en hiver.
Les chênes verts occupent le reste des versants, mêlés à une végétation variée : ciste blanc, grande bruyère, genêts, arbousiers, figuiers etc. De nombreuses espèces de papillons et d’oiseaux prospèrent également dans ces étendues préservées.

On n’oubliera pas de mentionner que le couvert végétal forme un maquis dense qui a servi aussi de refuge et de lieux de résistance dans de nombreuses périodes historiques.

Les balades de découverte et Visite-Découverte du Village

Trois balades en boucle autour du village, chacune étant orientée sur un thème prédominant, permettent d’appréhender et d’approfondir sur le terrain les principaux aspects des patrimoines.
Elles sont proposées aussi bien à l’amateur du patrimoine naturel qu’à l’amateur du patrimoine architectural et n’offrent pas de difficultés particulières.

Balade « Schiste »
Distance parcourue : 8 km environ
Durée : entre 3 et 5 h
Cette balade offre la particularité d’évoluer dans la châtaigneraie et d’être orientée vers le sud, tout en cheminant sur des crêtes.

Balade « Granite »
Distance parcourue : 6 km environ
Durée : 3h environ
Avec possibilité d’un détour supplémentaire d’environ 1,2 km, d’une durée de 30 mn.
Cette balade permet de découvrir la partie granitique du territoire et, avec le détour supplémentaire, dans les parties les plus élevées de la commune, un environnement naturel différent composé de forêts et de landes.

Balade « Habitat Cévenol »
Distance parcourue : 8,5 km environ
Durée : 4 à 5 heures selon votre rythme et le nombre d’arrêts effectués.
Cette balade permet d’appréhender les trois modes de vie qui se sont développés au fil du temps : le village avec sa vie en communauté, le hameau et son système d’entraide, le mas et sa vie autarcique

Découverte du village
Durée : 1h30 environ
Cette balade à l’intérieur du village fait découvrir l’architecture subtile des maisons (ses voûtes et ses rues « caladées »), l’organisation circulaire de l’ensemble, l’église romane remarquable, ses points de vue sur les vals adjacents et les « serres » alentour.